La campagne périgourdine regorge de maisons anciennes, qui ont abrité entre leurs murs de pierre des générations de paysans. Désormais, elles attirent les esprits en quête de tranquillité et d’authenticité. Encore faut-il savoir en prendre soin et ne pas les dénaturer quand vient l’inéluctable moment de les rénover. Les propriétaires peuvent alors se tourner vers l’association Maisons paysannes, qui entretient les savoir-faire ancestraux et les transmet avec passion. Visite privée d’une demeure du XVIIIe siècle qui a retrouvé sa beauté d’antan, dans le petit village d’Allemans.

C’est une maison en pierre blanche aux volets bleus, nichée au cœur d’un petit hameau aux confins du Ribéracois. Au premier abord, le jardin lui vole la vedette, avec sa romantique gloriette, ses rosiers, sa piscine et surtout, sa vue panoramique sur la campagne. Pourtant, c’est bien la bâtisse qui nous vaut la visite dans ce havre de paix. Une maison de pays du XVIIIe siècle comme il en existe des milliers en Dordogne, belle dans sa simplicité. Mais elle a un intérêt que toutes n’ont pas : l’authenticité. Ici, pas de PVC, ni de béton, de plâtre ou de ciment. La vieille dame a conservé son caractère d’antan. Et bien malin qui pourrait deviner que l’une des fenêtres du rez-de-chaussée vient d’être percée. « Une restauration réussie, cela ne doit pas se voir. Vous avez l’impression que ça a toujours été comme ça », sourit son propriétaire, Jean-François Savier.

Une restauration réussie, cela ne doit pas se voir. Vous avez l’impression que ça a toujours été comme ça.

L’homme sait de quoi il parle. Depuis trois ans, il préside l’association Maisons paysannes Dordogne-Périgord, antenne locale d’une association nationale créée en 1965. Sa vocation : faire de la pédagogie auprès des propriétaires de maisons rurales typiques pour éviter ce que Jean-François qualifie sans ambages de « massacre ». Victimes de l’exode rural, nombre de ces maisons se sont retrouvées entre les mains de citadins désireux de se mettre au vert, tout en voulant jouir du confort moderne. Or, il ne suffit pas d’aimer les vieilles maisons ; il faut aussi parler leur langage, les comprendre et surtout les respecter pour ne pas se lancer sans réfléchir dans des travaux qui risquent d’endommager ce patrimoine.

Jean-François s’est rapproché de Maisons paysannes quand il a eu le projet de restaurer cette maison de famille, en 2009. Il a bénéficié d’une visite-conseil gratuite qui lui a permis de mieux préparer les travaux à effectuer pour lui rendre son âme dans les règles de l’art. Et il y avait matière ! Un bel exemple se trouve dans la grande pièce principale. Elle tire en partie son cachet d’une imposante cheminée en pierre blanche de Paussac. Celle-ci a été entièrement refaite par un tailleur de pierre de Beauronne, qui lui a redonné son apparence originale. Pendant des décennies, l’âtre avait été enlaidi par un linteau en béton, un matériau anachronique. Jean-François a procédé comme les artisans de jadis, qui exploitaient les matériaux du coin, parce qu’après tout, pourquoi aller chercher loin ce que l’on a sous la main ? Surtout à une époque où l’on se déplaçait en attelage…

C’est cette logique qu’il a appliquée à toute la demeure. Les magnifiques poutres en chêne ont été refabriquées à l’identique par l’entreprise Desmoulin à Lisle, celles d’origine ayant été cachées avec du plâtre et difficilement récupérables. Même chose à l’étage, où cette fois des solives du XVIIIe siècle ont pu être déposées, repeintes et replacées. L’escalier en bois a été construit par la menuiserie Laprade à Allemans dans un style que l’on jurerait d’époque, en remplacement de celui d’origine, trop usé. A l’étage a été posé un parquet en queue de billard, à l’ancienne. Les menuiseries des fenêtres ont été réalisées sur mesure, agrémentées d’espagnolettes d’origine en métal. Et bien évidemment, elles sont en bois ! Le disgracieux PVC est banni. L’occasion pour le propriétaire de rappeler que les fenêtres sans croisillons sont une « hérésie » sur les demeures rurales, tout comme les baies vitrées. « Il faut arrêter de traiter la maison ancienne comme du moderne », prêche Jean-François.

Partout, les murs sont recouverts d’enduits, dont la couleur et la composition varient : terre-lin, chaux-chanvre, chaux-poudre de marbre… Ils protègent la pierre calcaire, fragile et poussiéreuse. D’ailleurs, les pierres apparentes, aujourd’hui à la mode pour leur côté rustique, étaient autrefois réservées aux porcheries et aux caves ! La question des enduits tient une place très importante dans la pédagogie menée par Maisons paysannes. Le ciment, qui règne en maître dans les constructions modernes, n’est pas du tout adapté aux vieux murs à moellons dans lesquels il crée de l’humidité. Rien de tel que la chaux respirante qui, par chance, est produite localement à Saint-Astier. Il serait dommage de s’en priver !

Hélas, « en une génération, on a perdu tout le savoir-faire », regrette Jean-François. La nécessité ou l’envie d’aller vite se fait souvent au détriment du bâti ancien, et c’est contre cela que se battent les 130 adhérents périgourdins de Maisons paysannes (7 000 en France). « Il faut prendre le temps de réfléchir, ne pas se précipiter », conclut le président. En Dordogne, l’habitat rural recouvre de grandes disparités de styles, puisque les anciens adaptaient l’architecture en fonction du territoire, des ressources locales et du climat. Ils tenaient compte des vents dominants, du soleil, de la pluie et de mille autres facteurs avant de poser la première pierre. C’est ce bon sens et ce savoir-faire ancestraux que Maisons paysannes s’efforce de faire perdurer et de transmettre.


À PROPOS

L’association Maisons Paysannes de France a été créée en 1965 et compte 80 délégations. Elle est représentée depuis une quarantaine d’années en Dordogne. Son objectif est la sauvegarde du patrimoine rural. Elle a un rôle de conseil gratuit auprès des particuliers et des collectivités dans leurs projets de rénovation, aménagement ou transformation d’un bâti ancien. Elle organise également des ateliers et journées découvertes pour sensibiliser aux spécificités de ce type d’habitat.


Par Maéva Louis
© Jonathan Barbot / Déclic & Décolle